Covid-19 : en Israël, le passeport vaccinal permet un retour à la vie d’avant

Le "green pass" est la première étape du déconfinement progressif du pays, de très loin le plus avancé au monde dans sa campagne de vaccination.

À Tel Aviv, où le culte du corps a valeur de quasi sport municipal, une partie de la ville retrouve le chemin de l’un de ses terrains de jeux favoris, les salles de sport. Depuis le week-end dernier, les Israéliens ont accès au “green pass”, nom du passeport vaccinal mis en place par le gouvernement pour relancer la vie après le passage du Covid, qui a claquemuré le pays pendant un an et trois confinements successifs.

Samedi, le premier ministre Benjamin Netanyahou lui-même enfilait ses survêtements de gym pour inciter le pays à reprendre goût aux cinémas, aux nuits d’hôtels, aux spectacles et aux activités culturelles, tous rouverts sous réserve de présenter son “passeport vert”. Un ersatz de retour à la normale accordé à près de la moitié de la population seulement. Il faut avoir reçu sa seconde dose du sérum ou avoir guéri du coronavirus pour y être éligible.

Malgré quelques bugs techniques au premier jour, “l’appli est hyper simple à utiliser”, confirme Moshe, un jeune cadre de Tel Aviv. Il suffit d’y rentrer sa carte d’identité et un numéro de téléphone. Une fois le dossier médical de l’utilisateur détecté, celui ci obtient son “pass”, sous forme de QR-code. Un jeu d’enfant. Moshe a téléchargé l’application Ramzor dès le premier jour. “Nous sommes censés reprendre une vie normale d’ici avril ou mai, mais d’ici là beaucoup de lieux que je ne fréquentais plus depuis des mois restent fermés aux gens non vaccinés, explique-t-il. J’étais trop impatient d’y retourner.”

Son club de sport, avenue Shlomo Ibn Gabirol, une artère du centre-ville à quelques minutes de son bureau, avait rouvert cet été, après la première vague de la pandémie. “Mais je faisais trop attention au virus. J’ai préféré ne pas y retourner avant que le Covid soit éradiqué complètement”, justifie Moshe. Entre temps, deux confinements et la fermeture des établissements sportifs couverts a douché ses espoirs de revoir son coach. 

Comme lui, au moins 2 millions d’Israéliens (sur près de 9 millions d’habitants) d’après les chiffres des plateformes de téléchargement, s’y étaient inscrits jeudi. Un succès qui n’a rien d’étonnant dans un pays ultra-connecté où 80% de la population a un téléphone intelligent. 

Certains dénoncent un “privilège” et un système à deux vitesses

Retrouver la foule des concerts, elle finissait par ne plus y croire. Olga, une communicante de 28 ans, s’était empressée de se faire vacciner dans cette optique. “Avec les beaux jours, cela aurait été intenable de rester chez moi, décrit-elle, enthousiaste. C’est dommage pour ceux qui n’ont pas encore reçu le vaccin mais je pense que ça ne devrait pas tarder pour eux non plus.” Depuis le début de la semaine, elle consulte la programmation des concerts et des spectacles autour de Haïfa, au sud de Tel Aviv, “comme je l’ai toujours fait. Et ça fait du bien de faire quelque chose d’aussi simple que regarder les événements qui arrivent”.

Des réouvertures qui se passent parfois dans la douleur. Pour avoir conditionné l’entrée à son one-man-show, en début de semaine, à la présentation du pass vert, l’humoriste Israel Katorza a récolté des insultes sur les réseaux sociaux. Son visage est connu d’une partie des Israéliens : il a joué dans la publicité du ministère de la Santé invitant les Israéliens à porter un masque au moment de la seconde vague. “Ce passeport est une étape de départ, espère-t-il. Certains me disent que j’ai sciemment opéré une sélection à l’entrée. Mais je rappelle que c’est une décision du gouvernement et non des artistes.”

Ce passeport est une étape de départ. Certains me disent que j’ai sciemment opéré une sélection à l’entrée. Mais je rappelle que c’est une décision du gouvernement et non des artistes.

Israel Katorza, humoriste israélien

Depuis que l’idée d’une application existe, des manifestations ont émaillé le pays pour dénoncer le “privilège” que crée ce système à deux vitesses, qui prive près de la moitié des Israéliens d’accès à certains lieux couverts, dont les jeunes de moins de 16 ans, à qui la vaccination n’est pas encore autorisée. Mercredi, plusieurs milliers d’opposants au passeport vert défilaient avec des pancartes « Apartheid » et « Tyrannie ».

“Nous sommes pionniers”

Pour le journaliste israélien Eylon Levy, lui-même détenteur du précieux sésame, “il y aura toujours des brebis galeuses. Nous sommes les pionniers à mettre en place ce passeport, une fois que d’autres pays l’auront adopté, les gens accepteront. Le système de santé israélien est déjà entièrement digitalisé de toute manière, donc il n’y a pas de problème de vie privée qui se pose. Une majorité d’Israéliens est vaccinée désormais, l’opinion publique comprend que ces gens souhaitent reprendre leur vie normale”, estime ce rédacteur du Times of Israel.

De nombreux internautes expliquent, sur les réseaux sociaux, comment tricher pour obtenir un faux QR-code. Le ministre de la santé, Yuli Edelstein, a d’ores et déjà annoncé que les autorités feraient preuve d’une vigilance accrue pour éviter les faux passeports et les inattentions du côté des commerçants. Toute fraude pourrait leur coûter, d’après la presse israélienne, 5000 shekels (environ 1200 euros) et même la prison dans certains cas.