“On a ses habitudes des deux côtés” : dans l’Est, la crainte d’une fermeture de la frontière

Alors que la France impose à partir du 1er mars un test PCR pour tous les déplacements non-professionnels venant d'Allemagne, les habitants de la Moselle-Est craignent la fermeture de la frontière avec la Sarre.

L’Allemagne fermera ou ne fermera pas sa frontière ? Telle est la question qui revient en boucle en Moselle-Est. Ici, la première fermeture, il y a quasiment un an, a encore un goût amer, d’autant plus que la vie économique lie les deux territoires. “J’espère qu’on n’ira pas jusque là parce que beaucoup de personnes dépendent de l’Allemagne pour faire des économies”, raconte Franck, un Français habitué à faire son plein d’essence à la Brême, côté allemand, pour un tarif souvent moindre qu’en France.

Une vie entre deux pays qui se compose de 16 000 travailleurs frontaliers mais aussi de consommateurs qui trouvent leur compte en Allemagne, surtout en pleine crise sanitaire et sociale. Comme c’est le cas du magasin de drogueries DM, très courtisé par les frontaliers pour son offre. “Les produits d’hygiène sont chers en France, souligne Nadia qui attend impatiemment d’entrer dans le magasin. Même si on doit faire un peu de chemin pour venir jusqu’ici, on s’y retrouve dans les prix, et ça fait du bien.” Un constat que partage Mourad, rémunéré au SMIC en France, et qui a ses habitudes dans ce magasin de droguerie et dans les autres commerces alentours. “En France, pour la même somme, le caddie n’était pas aussi rempli”, témoigne ce père de famille.

À Sarrebruck, les clients de la droguerie DM font la queue avant d’entrer dans le magasin. Sur le parking, les voitures immatriculés en France sont majoritaires. © ybm

Lors du premier confinement, les bouchons pour se rendre dans le centre-ville de la capitale de la Sarre étaient remplacés par des barrages policiers pour filtrer les travailleurs frontaliers. Aucune autre raison ne permettait de se rendre côté allemand. “Ça a vraiment été un choc de ne plus passer la frontière comme avant, se rappelle Sophie, habitante d’une ville de l’ancien Bassin Houiller qui travaille en Allemagne. J’avais mon contrat de travail donc je n’avais pas de souci mais j’ai plein d’amis qui n’étaient pas déclarés et qui n’avaient plus eu de revenus”.

Malgré des mesures sanitaires plus strictes côté allemand, les Français sont exempts des mesures qui s’appliquent aux frontières germano-tchèque et germano-autrichienne, comme le test PCR. Sur le site du consul général de France à Sarrebruck, on peut lire que sont autorisés à entrer sur le territoire allemand “les personnes qui se déplacent dans le cadre de la vie frontalière dans le respect des 24 heures maximum en Allemagne ou une zone à risque modéré ou élevé.” Et de préciser que “cette dérogation ne s’applique qu’aux habitants du Grand-Est à l’exception du département de la Moselle”.

Dans cette station de la Brême d’Or, à Sarrebruck, beaucoup de frontaliers viennent se servir en carburant. Souvent, le plein est plus attractif qu’en France. © ybm

Dans le jardin franco-allemand de Sarrebruck, le temps pluvieux de ce vendredi a chassé les foules de promeneurs. Seuls quelques courageux déambulent dans les allées de ce parc de 50 hectares. Parmi eux, des Allemands mais aussi des Français, comme Albert, retraité, qui déambule avec son chien pour une promenade routinière. “La première chose que j’ai faite quand les frontières ont été rouvertes, c’est de revenir ici, témoigne cet octogénaire, opposé à une fermeture. Ici, tout le monde a ses habitudes des deux côtés à tel point qu’on avait oublié qu’il y avait une frontière.”