Un confinement de trois semaines peut-il éradiquer le Covid-19 à Paris ?

La mairie de Paris préférerait un confinement strict plutôt que durant le week-end, dans l’espoir de rouvrir par la suite les commerces, les bars et les lieux culturels. Efficace, vraiment ? 

Retenir son souffle quelques semaines, pour pouvoir respirer à nouveau ? Le premier adjoint à la mairie de Paris Emmanuel Grégoire a émis ce vendredi en conférence de presse l’hypothèse d’un confinement strict pour « redonner de l’oxygène et tout rouvrir dans trois semaines ». Pour le gouvernement ou les épidémiologistes, rester chez soi sur cette période n’apporterait pourtant qu’une accalmie temporaire dans la recrudescence des cas de Covid-19 en Ile-de France. On fait le point.

Quelle est la situation en Ile-de-France ? 

Avec un taux d’incidence de 301 nouvelles contaminations au Covid-19 pour 100 000 habitants, la région parisienne est en surveillance renforcée. Ces chiffres sont bien au-dessus du seuil d’alerte maximum. La vitesse à laquelle la situation se dégrade inquiète particulièrement le gouvernement. Selon les annonces de Premier ministre Jean Castex du jeudi 25 janvier, les Franciliens pourraient être confinés le week-end, à partir du 6 mars, si la tendance se confirme.

Qu’a réellement dit la mairie de Paris ? 

Paris s’est immédiatement opposé aux éventuelles mesures annoncées par le Premier ministre : « On ne peut pas s’imposer de vivre dans une semi-prison pendant des mois », a fustigé Emmanuel Grégoire sur France Info, quelques minutes après la fin de la conférence de presse. Le premier adjoint a alors proposé un confinement strict de trois semaines pour la capitale, avant de tempérer sa position. « C’est une hypothèse, dont il faut discuter les modalités pratiques », a‑t-il nuancé ce vendredi matin en conférence de presse. Une telle décision relève des prérogatives du gouvernement, et ne peut être prise qu’à l’échelle de la région.

Quelle est la réponse du gouvernement ? 

« J’entends très peu, voire aucun scientifique, dire qu’en trois semaines, on peut terrasser le virus et tout rouvrir comme l’ont dit les adjoints d’Anne Hidalgo » a rétorqué le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal, vendredi matin, sur France Inter. La proposition sera étudiée assure-t-il, sceptique quant à son efficacité. « Cette épidémie joue avec les nerfs des Français depuis maintenant un an. Il est important que nous-mêmes ne jouions pas avec les nerfs des Français », a finalement déclaré le porte-parole du gouvernement lors d’un déplacement à Lyon sur les thèmes de la vaccination et des tests dans les écoles.

Un confinement local a‑t-il déjà permis d’éradiquer le virus ? 

Le confinement local a déjà montré son efficacité à petite échelle. Selon une étude de l’université de Padova et de l’Imperial College à Londres parue en avril 2020, les 3000 habitants de la municipalité de Vo en Italie ont réussi à se débarrasser temporairement du Covid-19, grâce à de telles mesures.  Une synthèse de la revue de médecine BMJ explique que dans ce cas-là, le confinement local a été appliqué en même temps qu’un dépistage massif, afin de repérer les cas asymptomatiques.

A grande échelle, l’exemple de Pékin est le plus frappant. Un cas de Covid y est recensé le 3 juin, alors que les 22 millions d’habitants de la capitale chinoise pensaient s’être débarrassés du virus. 10 jours plus tard, les données chinoises font état de 30 cas. La mégalopole est alors mise sous cloche par les autorités locales qui testent chaque individu. 225 cas sont découverts puis strictement isolés. La Chine, au prix de sévères privations de libertés, s’est débarrassée du Covid-19 dans sa capitale, selon les déclarations officielles.

Mais les chiffres chinois sont à prendre avec de la distance. Plusieurs scientifiques français dont Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, ont émis des doutes, fin mars, sur le bilan chinois du nombre de mort du Covid-19.

Serait-il possible de rouvrir les commerces, les bars et les lieux culturels après un confinement de trois semaines en Ile-de-France ? 

Les épidémiologistes interrogés par la rédaction du CFJ News s’accordent à dire que trois semaines ne suffiront pas pour éradiquer le virus en Ile-de France. Si deux confinements nationaux n’ont pas suffi pour reprendre une vie normale, comment trois semaines en Ile-de-France pourraient faire l’affaire, se demande l’épidémiologiste Catherine Hill ? Pour elle, il est impossible de songer à rouvrir après ce laps de temps : « Confiner ne fait que calmer temporairement les choses ». Elle rappelle que le virus circule même pendant les confinement. « Les gens vont faire leurs courses, ils vont au travail ».

Selon une note du Conseil scientifique datant de janvier, les variants rajouteraient +0,4 au R, l’indicateur de contagiosité des virus. Or les nouvelles souches représentent désormais plus de la moitié des nouvelles contaminations en France, selon Santé publique France. Même strict, un confinement risque d’avoir moins d’effets que ceux mis en place en 2020. Le Royaume-Uni a dû par exemple prolonger sont “confinement court” et national à de nombreuses reprises, précisément à cause de ce phénomène.

Nombre de cas confirmés de Covid-19 au Royaume-Uni, par million

Confiner pour confiner ne sert à rien, selon Catherine Hill. Une telle mesure n’est utile que si elle permet de dépister massivement et d’isoler strictement les cas détectés. La chercheuse regrette que cette idée n’ait pas été mis en œuvre en juin, au moment où le virus circulait le moins.

L’immunologiste à l’Institut Cochin Morgane Bomsel est tout de même favorable à un confinement de trois semaines. « Des petites mesures ne suffiront pas. On ne peut pas vivre éternellement en couvre-feu. Il faut faire du préventif, agir avant qu’il ne soit trop tard  », s’avance la chercheuse. Un confinement en semaine aurait cependant l’avantage d’être plus efficace que s’il est seulement imposé le week-end. « Si l’on empêche à minima 60% de la population de sortir et d’échanger, les contaminations baisseront », affirme la directrice de recherche au CNRS.

Peut-on prévoir l’éventuelle décrue épidémique induite par un confinement en Ile-de-France ?

Impossible, explique Jean-Stéphane Dhersin, modélisateur de l’épidémie de Covid-19 au CNRS. L’impact des mesures sanitaires est trop fluctuant selon le contexte et les pays. Quoi qu’il en soit, seul un confinement à la chinoise pourrait prétendre à un niveau d’efficacité suffisant pour éradiquer l’épidémie en trois semaines. Personne ne sort, même pour faire des courses.

Autre problème : l’Ile-de-France n’a d’ile que le nom. Ses frontières sont extrêmement poreuses. « Qu’est-ce qu’on ferait au bout de trois semaines ?», s’interroge Jean-Stéphane Dhersin. Pour le responsable de la plateforme Modcov19, les mesures isolées n’ont un sens que si l’on peut contrôler les échanges avec l’extérieur, comme en Australie ou à Mayotte.  « Il faudrait essayer de rendre l’Ile-de-France imperméable et demander des tests PCR à l’entrée. Ce n’est pas possible », explique le chercheur, régulièrement en contact avec les analystes du gouvernement. .

Un confinement local en Ile-de-France aurait donc l’avantage de réduire le nombre de nouvelles contaminations plus rapidement qu’avec des mesures ciblées sur le week-end. Mais ne permettrait pas pour autant d’éradiquer le virus, boosté par les nouvelles souches.

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