Covid-19 et XV de France : tout comprendre à la polémique

Le cluster de 16 personnes au sein de l’équipe de France de rugby a entraîné le report du match France – Écosse prévu ce week-end. Si la Fédération se défend d’avoir enfreint le protocole sanitaire, le Ministère des Sports exige des explications.

Simple manque de chance ou véritable négligence de la part du XV de France : c’est ce que tente de déterminer une enquête interne à la Fédération Française de Rugby, pour comprendre comment douze joueurs et quatre membres de l’encadrement des Bleus ont pu contracter le Covid-19 malgré l’instauration d’une bulle sanitaire autour de l’équipe. Entre mécontentements des joueurs, impatience du ministère et arguments de défense de la Fédération, on vous explique la polémique du moment en cinq questions.

  •  Que se passe-t-il chez les Bleus ?

Le 16 février, deux jours après un match du Tournoi des Six nations remporté en Irlande (15–13), le sélectionneur de l’équipe de France Fabien Galthié ainsi qu’un préparateur physique, sont testés positifs au Covid-19. Entre le 19 et le 25 février, deux autres membres du staff mais surtout douze autres joueurs sont également diagnostiqués positifs, dont le capitaine des Bleus Charles Ollivon.
Or, la participation de la France au Tournoi des Six Nations est conditionnée à un protocole de bulle sanitaire, limitant les contacts avec l’extérieur et imposant des tests après ceux-ci. La ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu a réclamé le 25 février à la Fédération Française de Rugby (FFR) une enquête pour retracer la chaîne de contamination et identifier d’éventuels manquements aux règles sanitaires. Vendredi sur La Chaîne l’Équipe, elle a aussi mis la pression sur le président de la FFR Bernard Laporte : “Il est lui-même venu nous voir avant le Tournoi pour nous présenter le protocole et nous dire que tout allait bien se passer. Maintenant que l’on constate que ce n’est pas le cas, j’attends qu’il vienne nous expliquer ce qu’il en a été”.

  • Comment le virus a‑t-il pu entrer dans la bulle sanitaire ?

La Fédération a initialement évoqué l’équipe de France de rugby à sept, qui s’est entraînée avec le XV de France avant le match en Irlande, et aurait contaminé certains joueurs. Mais le vice-président de la FFR et “Covid-manager” Serge Simon a entretemps changé son fusil d’épaule, et affirmé que “le patient zéro, on le connaît : c’est notre préparateur physique”.
Ces derniers jours, plusieurs situations ont cependant semé le doute sur le respect de la bulle sanitaire dans les rangs du XV de France. Vendredi, Bernard Laporte défendait Fabien Galthié, qui n’a selon lui pas enfreint le protocole. Mais dimanche soir, le président de la FFR a reconnu que le sélectionneur s’était rendu le 7 février à un match de son fils, au stade Jean-Bouin à Paris.
Bernard Laporte lui-même et plusieurs joueurs se sont également promenés dans les rues de Rome le 6 février, en marge d’un match contre l’Italie, pour y manger des gaufres. “Il fallait qu’ils soient retestés quand ils re-rentraient dans la bulle”, a fait observer Roxana Maracineanu au sujet de cette sortie.

  • Comment la Fédération se défend-elle ?

Malgré ces aveux, Bernard Laporte a réitéré son soutien à Fabien Galthié, mettant en avant les précautions prises pendant ces différentes sorties. Celle dans Rome s’est ainsi faite masquée, a‑t-il objecté vendredi au micro de RMCSport : “Cela ne veut pas dire casser la bulle, ça ! […] Casser la bulle, ce serait aller dans un endroit où des gens peuvent te contaminer sans avoir de masque”. Mêmes arguments dimanche sur Stade 2, pour défendre Fabien Galthié et sa sortie parisienne du 7 février : “Pour moi, il a le droit à partir du moment où il est masqué. Il était dehors […] je ne vois pas où il y aurait un problème là-dessus”.

  • À quelles décisions ou sanctions faut-il s’attendre ?

Le pouvoir disciplinaire revient à la FFR elle-même. Mais Bernard Laporte ne désigne aucun responsable pour l’instant. Outre Fabien Galthié, il a aussi défendu son vice-président et “Covid-manager” Serge Simon, en affirmant qu’il n’était “pas en échec”. Un premier rapport doit être rendu ce mardi.
Opposant à Bernard Laporte au sein de la FFR, Florian Grill demandait dimanche une enquête indépendante, redoutant que l’enquête interne ne suffise pas à identifier des lacunes dans le protocole sanitaire. Sur RTL, Roxana Maracineanu lui a répondu dans la foulée “attendre de voir ce qui va [lui] être proposé en milieu de semaine, et après, on avisera”. Rappelant que son “seul levier” était l’autorisation qu’elle délivrait aux sportifs professionnels de participer à des compétitions, elle a tout de même ajouté attendre de la Fédération qu’elle exerce son pouvoir disciplinaire.

  • L’affaire peut-elle avoir des conséquences sportives ?

En interne, Fabien Galthié ne fait plus forcément l’unanimité auprès de ses joueurs, comme le révélait L’Équipe le 23 février. Les Bleus reprocheraient au sélectionneur d’avoir enfreint le protocole sanitaire et n’auraient pas vu d’un bon œil que le préparateur physique soit désigné comme patient zéro. Alors que les Tricolores sont encore en lice pour leur premier Grand Chelem depuis 2010 dans le Tournoi des Six nations, l’ambiance dans l’équipe pourrait bien être dégradée par la polémique.
Par ailleurs, le comité des Six nations doit décider d’une nouvelle date pour la tenue du match France — Écosse, reporté à cause du cluster français. Mais les fenêtres de tir sont réduites dans le calendrier : les championnats nationaux et en particulier le Top 14 se poursuivent, et les clubs sont réticents à se priver de leurs meilleurs joueurs au profit de l’équipe nationale. À l’automne, Fabien Galthié s’était entendu avec les clubs français pour convoquer les joueurs, en acceptant de suffisamment faire tourner son effectif en cours de compétition. Si une telle situation devait se reproduire pour la fin du tournoi et le match contre l’Écosse, l’équipe de France ne serait alors pas assurée de pouvoir aligner ses meilleurs joueurs. Encore moins si de nouveaux cas se déclarent dans ses rangs d’ici là.