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Frontière allemande fermée : comment les frontaliers vont faire face aux nouvelles règles

A la veille des nouvelles règles de circulation, des français travaillant en Allemagne ont dû se faire tester dans l'urgence. Une décision jugée comme unilatérale et stricte selon plusieurs élus.

A partir de minuit, dans la nuit de lundi à mardi, les règles de circulation entre la France et l’Allemagne vont se durcir. Dimanche, Berlin a classé le département de la Moselle (région Grand-Est) en “zone à forte circulation des virus mutants”, des variants sud-africain et brésilien du coronavirus. Jeudi déjà, le premier ministre français mettait le département, ainsi que 19 autres, “sous surveillance”, pour avoir dépassé le seuil de 200 cas positifs pour 100 000 habitants.

Les déplacements pourront continuer, contrairement au premier confinement en mars 2020, où les frontières avaient été complètement fermées. D’autres voisins européens, l’Autriche et la République Tchèque, connaissent aujourd’hui un sort moins heureux depuis deux semaines, avec une fermeture stricte des frontières. Mais cette décision unilatérale de Berlin met en difficulté les 16 000 transfrontaliers français qui travaillent dans les Länder de Sarre et Rhénanie-Palatinat.

Un test négatif toutes les 48 dernières heures

La préfecture de Moselle a confirmé les nouvelles règles de circulation : il faudra détenir un test PCR ou antigénique négatif de moins de 48 heures, et déclarer chaque entrée sur le territoire allemand. Les modalités de cette inscription restent à définir : électronique, elle pourra aussi, en cas de nécessité, être réalisée sur papier libre”. Les contrôles de police annoncés seront pour l’instant volants.

L’activité économique va devoir s’adapter, alors que le télétravail est encouragé. Les entreprises publiques et privées de transport collectif ne “pourront plus franchir la frontière. Bus et tram entre la Sarre et la Moselle seront donc interrompues”.

“C’est ingérable au quotidien”

Séverine, 40 ans, habite Forbach, qui jouxte la frontière. Elle trouve « inadmissible » d’exiger un test dès mardi. “Mon mari a fait quatre ou cinq pharmacies pour se faire tester aujourd’hui, mais il y avait trop de monde. Là, il fait la queue devant un laboratoire… Mais il commence le travail à 5h du matin, il n’aura pas encore ses résultats.” S’il ne les a pas encore reçus, il tentera quand même de passer la frontière », car « il ne veut pas risque de perdre son emploi”.

Comment se faire tester toutes les 48 heures, alors même que la France a un couvre-feu à 18 heures ? Telle est l’équation à résoudre selon François Grosdidier, maire de Metz (Les Républicains). Trois tests par semaine, c’est 48 000 tests PCR dans un petit bassin d’emploi. Ca va être extrêmement compliqué”, estime l’élu. Invité sur France Bleu Lorraine lundi matin, le préfet de la Moselle Laurent Touvet a pourtant demandé à la Sarre que les entreprises allemandes prennent en charge ces tests, pour ne pas peser sur les capacités de dépistage françaises.

A Forbach, entre 20 et 25% des actifs travaillent chaque jour côté allemand, en Sarre, selon le maire Alexandre Cassaro (LR). Lui, regrette le manque de souplesse” de Berlin, et préférerait que l’échéance soit hebdomadaire. C’est ingérable au quotidien. Il m’est d’ailleurs impossible pour l’instant de dire si nous avons les moyens d’accélérer les tests. Il faudra travailler de concert avec l’ARS”. Actuellement, les centres de dépistages organisés ponctuellement ont été fermés, seuls les les laboratoires assurent les tests.

Les laboratoires s’adaptent

A la veille des nouvelles restrictions, les laboratoires proches de la frontière ont accueilli du monde :  au laboratoire Gos Espacebio de Forbach, à 15 heures, ils étaient environ 180 à s’être faits tester dans la journée, contre 150 d’habitude, à cette heure-là. En majorité des gens qui travaillent en Allemagne, ce n’est pas un jour normal… On a eu de la chance d’être en période scolaire !”, rapporte le Dr Thonnon, directeur du laboratoire. Dès lundi matin, deux personnes ont été dédiées aux tests, contre une normalement”, précise le docteur, qui ne s’inquiète pas des problèmes d’approvisionnement.

Les files d’attente étaient aussi plus longues dans les huit laboratoires Biogroup proches de la frontière. Pour le président de Biogroup Lorraine, Frédéric Wehbe, c’est la multiplicité des demandes qui pourrait poser problème. Nous demander de dépister en masse avec l’ARS, mais aussi dépister la population qui vient de manière spontanée, maintenant les travailleurs frontaliers, bientôt les écoles… Il faut que l’ARS et le préfet soient conscients qu’on ne peut pas aller dans tous les sens avec des dépistages de masse qui ne servent à rien.”

Et dans l’autre sens ?

Les Allemands pourront, de leur côté, venir en France sans nouvelle règle : tous doivent présenter un test PCR négatif de moins de 72 heures, à l’exception des résidents à moins de 30 km de la frontière se rendant en France pour une journée maximum, des travailleurs réguliers et des chauffeurs routiers. Ceux-là devront seulement s’acquitter d’un document justifiant leur déplacement.