Nucléaire iranien : quatre questions sur un accord dans l’impasse

Lors de la réunion des gouverneurs de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) qui s’est tenue ce lundi 1er mars à Vienne, la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont exprimé de vives inquiétudes sur la reprise des activités nucléaires iraniennes.

Les Européens ont durci le ton face à l’Iran ce lundi et vont soumettre cette semaine à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) une résolution condamnant la récente suspension par Téhéran de certaines inspections. Depuis plusieurs semaines, la tension monte sur le dossier brûlant du nucléaire iranien. On vous explique tout en quatre points.

  • Quel est l’objectif de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien ?

L’accord de Vienne sur le nucléaire iranien a été signé en 2015 par les pays du groupe “P5+1” (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni, Allemagne) avec l’Iran. L’objectif principal du groupe “P5+1” était de mettre en place de sévères restrictions afin d’empêcher l’Iran d’accumuler assez d’uranium enrichi pour fabriquer une arme atomique. En contrepartie, l’accord prévoyait une levée des sanctions qui frappaient depuis plusieurs années l’économie iranienne.

  • L’Iran respecte-t-il encore l’accord de Vienne ?

Depuis la sortie des États-Unis des accords de Vienne et le rétablissement des sanctions décidé unilatéralement par Donald Trump en 2018, l’Iran ne respecte plus un certain nombre de mesures prévues par l’accord. “Les Iraniens estiment qu’en sortant de l’accord de Vienne, les États-Unis n’ont pas respecté leur part du contrat”, explique Thierry Coville, chercheur à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques et spécialiste de l’Iran.

Faute d’avoir obtenu la levée des sanctions américaines qui frappent à nouveau son économie, la République islamique a annoncé début janvier avoir redémarré son programme d’enrichissement d’uranium à 20%. Un niveau largement supérieur au seuil de 3,67% fixé par les accords de Vienne, qui avaient déjà été violés en 2019.

Mardi 23 février, l’Iran a également décidé de réduire les visites de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) sur certaines de ses installations non nucléaires, y compris certains sites militaires suspectés d’abriter des activités nucléaires. Une décision jugée “dangereuse” par la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne.

  • Quelle est la position de Joe Biden concernant l’accord de Vienne ?

Joe Biden a annoncé qu’il était prêt à relancer l’accord sur le nucléaire iranien. Jeudi 25 février, Washington a accepté de participer à la réunion de l’AIEA proposée par l’Union européenne, qui s’est déroulée ce lundi 1er mars. Ces pourparlers ont pour objectif de restaurer les accords sur le nucléaire signés en 2015 à Vienne et de forcer l’Iran à respecter les mesures contenues dans l’accord. Le même jour, l’administration Biden a également fait un premier pas en levant une partie des restrictions imposées aux diplomates iraniens en visite à l’ONU à New York. La Maison-Blanche n’est cependant pas prête à lever toutes les sanctions sans contrepartie de la part de l’Iran et Washington exige que la République islamique respecte les engagements qu’elle a pris en 2015.

Le nouveau président américain se heurte également à une vive opposition venant du parti républicain mais également d’une frange du parti démocrate, hostiles à un retour des Etats-Unis dans l’accord. Ces partisans de la ligne dure contre Téhéran voient comme un aveu de faiblesse un éventuel retour dans l’accord de Vienne. Cela explique en partie la réticence de l’administration Biden à revenir rapidement dans l’accord. Biden ne veut pas apparaître trop faible vis-à-vis de l’Iran”, analyse Thierry Coville. 

Ce même jeudi 25 février, le président américain a envoyé un message fort à Téhéran en autorisant des frappes visant des positions de milices pro-iraniennes en Syrie. Une manière pour Washington de “renforcer sa main pour négocier en position de force sur le nucléaire iranien”, explique Bilal Saab du Middle East Institute, interrogé par 20 Minutes le 26 février.

  • Que demande Téhéran pour revenir dans l’accord de Vienne ? 

De son côté, l’Iran attend que les États-Unis lèvent leurs sanctions pour réintégrer les négociations sur son programme nucléaire. Mais pour l’instant, les Etats-Unis ne le veulent pas afin de “garder des moyens de pression sur l’Iran”, explique Thierry Coville. Dimanche, Téhéran a envoyé un signal négatif aux diplomaties occidentales en refusant de participer à la réunion proposée par l’Union européenne dans le cadre de l’AIEA. “Compte tenu des récentes positions et actions des Etats-Unis et des trois pays européens, [l’Iran] ne considère pas le moment approprié pour tenir la réunion informelle proposée par le coordinateur européen”, a réagi le porte-parole du ministère iranien des affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, dans un communiqué. “L’Amérique doit mettre fin à ses sanctions illégales et unilatérales et revenir à ses engagements”, a‑t-il ajouté.

La résolution de la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, prise ce lundi, appelle l’Iran à “reprendre immédiatement” l’ensemble du programme d’inspections prévu par l’accord de 2015.