Quais de Seine bondés ce week-end : “Ça fait un an qu’on ne sort plus, c’est très dur”

Après l'évacuation des quais de Seine bondés ce week-end, la responsabilité des jeunes dans la propagation du Covid-19 est une nouvelle fois pointée du doigt. Des jeunes témoignent d'un ras-le-bol face à cette pression générale.

Ils étaient nombreux, très nombreux, et cela n’est pas passé inaperçu. Profitant d’une météo plus que clémente, de nombreux Parisiens se sont réunis ce week-end sur les quais de Seine. Ici, des étudiants qui se retrouvent, enlèvent leurs masques pour décapsuler une bière sous le soleil, et tous les quelques mètres une mélodie différente s’échappant des enceintes. “On se serait cru dans notre vie d’avant. C’est triste, mais c’est comme ça qu’on l’appelle, raconte Nikolas, 22 ans. C’était une vraie bouffée d’oxygène.”

Étudiant en école de commerce à Lille, Nikolas assure avoir été “un citoyen impeccable” depuis la mise en place du couvre-feu : peu de contact avec ses amis, pas de réunion en intérieur. Mais ce dimanche, en week-end à Paris, il craque et rencontre une vingtaine d’amis sur les quais. Le rêve ne dure que quelques heures : vers 17h15, la police commence à déloger les vacanciers éphémères. Un bateau diffuse depuis la Seine un message enjoignant les badauds à respecter les gestes barrière. L’évacuation se fait en douceur, Nikolas la comprend. 

« C’est infantilisant, nous ne sommes pas des enfants » 

Mais ce qui le heurte, ce sont les commentaires pointant l’irresponsabilité des jeunes qui fleurissent depuis sur les réseaux sociaux et dans les médias. “Pour Michel, 50 ans qui a profité de sa jeunesse, c’est facile de nous blâmer. Forcément, on pourrait prendre d’avantage sur nous, admet Nikolas. Mais on le fait déjà. Ça fait un an qu’on ne sort plus, c’est très dur. On ne peut pas dire aux jeunes qu’ils sont les seuls responsables.”

Pour Luana, cette semaine de vacances ensoleillée était une précieuse opportunité de sortir de son appartement étudiant et s’aérer l’esprit. Samedi, l’étudiante en deuxième année de droit à la Sorbonne a rencontré trois amies sur les bords de Seine. “On est habituées, mais c’est toujours désolant de voir qu’on met continuellement la faute sur les jeunes”, s’offense-t-elle. 

Le plus douloureux pour elle ? L’égoïsme supposé d’une jeunesse qui ne réaliserait pas les conséquences de ses actes. “Les générations d’au-dessus pensent que nous sommes individualistes, incapables de réfléchir à ce qui est bien pour la société”, s’irrite l’étudiante. En dehors de ces quelques heures sur les quais de Seine, ses sorties se limitent à des allers-retours à la bibliothèque. “Moi qui suis militante, je suis sans cesse en train de réfléchir à l’impact que mon comportement a autour de moi. C’est dommage qu’on ne nous fasse pas confiance. Nous ne sommes pas des enfants, mais de jeunes adultes.”

Le poids de l’opinion publique 

La jeune femme pointe du doigt “la girouette de l’opinion publique” concernant la responsabilité des jeunes dans l’épidémie de coronavirus. “L’un de mes amis s’est suicidé en janvier. Pendant des semaines, on s’inquiète de la détresse étudiante. Mais dès que l’ont fait quelque chose que les directives gouvernementales n’ont pas prévu pour nous, on se fait taper sur les doigts. C’est très infantilisant, on ne prend pas au sérieux nos besoins”, regrette la jeune femme. 

Pour Mathieu Puchleaut, directeur de recherche au CNRS, l’affolement autour des regroupements du week-end sur les quais de Seine n’est pas complètement justifié. “D’abord parce que scientifiquement, le risque de contamination en extérieur est négligeable, loin derrière les autres modes de contamination en milieu clos”, explique-t-il. Mais aussi parce qu’en multipliant les interdits, “on observe mal le bénéfice-risque. Peut-être que quelques personnes ont été contaminées sur les quais ce week-iend. Mais peut-être aussi qu’on a évité le suicide de 15 jeunes qui ont pu sortir de leur isolement et passer un moment humain avec leurs amis, appuie Matthieu Puchleaut. La santé mentale est un vrai problème de santé publique.” 

Alors qu’Emmanuel Macron a enjoint des jeunes à « tenir encore quatre à six semaines » lors d’une rencontre à Stains ce lundi, le chercheur s’exprime en faveur d’un discours qui ne soit pas uniquement pénaliste. Si on met en place des mesures intermédiaires et cohérentes aux connaissances que l’on a du Covid, cela permet aussi de mieux faire accepter les interdictions nécessaires comme les rencontres en intérieur”, insiste-t-il.