Classes en extérieur à Paris : “Oui, mais il faut de la concertation avec le terrain”

Les syndicats de parents d’élèves et d’enseignants accueillent bras ouverts la proposition de la maire de Paris de faire classe en extérieur, mais rappellent l’importance d’une bonne concertation avec les acteurs sur le terrain.

Sur le trottoir de l’école élémentaire Charles Baudelaire, quelques écoliers défilent à 13h20 devant la grille de l’établissement, masque sur le nez et carnet de correspondance dans la main. Salomé, avec sa queue de cheval qui rehaussent ses cheveux roux, ne déroge pas à la règle. Elle revient de pause déjeuner, accompagnée par ses parents. Valentin et Cécile, deux quadragénaires, ne comprennent pas la proposition d’Anne Hidalgo d’externaliser les cours pour éviter la diffusion du virus. “C’est une bonne idée, mais pourquoi maintenant ? Elle ne devrait être appliquée qu’en dernier recourt, si les écoles doivent fermées, assène Valentin. Les espaces sont grands ici et les cours peuvent se tenir dans le préau. Comment on fait s’il pleut ?” Même interrogation pour Sophie, 29 ans, mère de trois enfants : “Les locaux de l’école sont plus adaptés à l’enseignement. Le parc est fait pour jouer, l’école pour travailler.”

La maire socialiste de la capitale a proposé ce lundi à l’Éducation nationale “de permettre aux enseignants de faire classe en extérieur toutes les fois que ce sera possible”, en mettant à disposition de façon “organisée et sécurisée” les squares et jardins publics, qui pourront être aménagés pour l’occasion.

Une proposition que salue Moïna Fauchier-Delavigne, journaliste et co-autrice de Emmener les enfants dehors (Robert Laffont, 2020) : “Je trouve que c’est une très bonne nouvelle. On a tendance a penser que si on sort dehors, le cours n’est pas sérieux, mais ce n’est pas le cas. Toutes les données scientifiques montrent que ça va dans le bon sens.” La journaliste a co-signé deux tribunes en avril 2020 et mi-février, appelant notamment à augmenter les apprentissages en extérieur à des fins pédagogiques. “Cela devient une nécessité parce que les enfants ont encore plus de problèmes de vision qu’avant. On sait qu’apprendre dehors, et utiliser la nature dans l’éducation est très efficace. Ce n’est pas l’un contre l’autre : les deux vont bien ensemble”, précise-t-elle

« Rien de révolutionnaire »

La proposition d’Anne Hidalgo n’est en réalité pas nouvelle puisqu’elle fait partie du protocole sanitaire de juillet 2020 établi par le ministère de l’Éducation nationale, comme le rappelle Pierre Favre, co-président du Syndicat national des Écoles (SNE) : “On est dans une communication de Madame Hidalgo dont le but est de faire parler d’elle, il n’y a rien de révolutionnaire”.

Le syndicat craint une mauvaise concertation avec les acteurs de terrain quand les cours doivent avoir lieu dans les squares et jardin de la capitale. “Il y a plein de considérations : de la sécurisation des espaces avec des barrières, et avec l’aide de la police municipale, du matériel à amener, le goûter à emporter… Attention à ne pas créer plus de complications, s’inquiète le co-président du syndicat. Si en rentrant du square, l’enfant touche un banc et se contamine…” Et rappelle que la plus-value pédagogique est parfois faible, notamment en raison de la multiplication des sources de distraction en extérieur, et à l’importance pour les enseignants de “hausser la voix afin que la dernier du rang puisse entendre.”

Mais si les conditions sont réunies et que la “concertation est menée au plus près du terrain, le SNE ne peut que se féliciter que les enfants puissent vivre au mieux leur scolarité avec le virus.” Et pour preuve : dans son école rurale de Neuville-sur-Ain, Pierre Favre a pu mettre en place ce dispositif en juin dernier sans difficulté. Le professeur des écoles souligne néanmoins les disparités de territoires qu’il faut considérer : “Il y a une différence entre mon cours à l’extérieur où la voisine est une vache, et le cours à l’extérieur d’un enseignant de Nîmes dont l’école est aux pieds d’HLM, et qui doit se reposer sur la police pour installer des barrières de sécurité.”

 

Crédits : Pierre Favre

Pourtant, du côté de la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE), on “salue” l’initiative et on souligne la plus-value pédagogique pour les élèves. “Il y a évidement certains cours qui sont plus difficiles à faire en extérieur, mais pour tout ceux qui sont possibles, pourquoi s’en priver ?, interroge Rodrigo Arenas, co-président de la Fédération. Je fais confiance à l’imagination des enseignants pour inventer de nouvelles manières d’apprendre. Ce n’est pas le lieu qui est un problème, mais la façon dont on enseigne et les parents sont là pour accompagner ces séances comme c’est déjà le cas dans les sorties scolaires.”

Quant à la faisabilité du projet, il n’y a pas débat selon le parent d’élèves : “C’est un faux problème. S’il faut fermer le parc pour des élèves, rappelons-nous que quand il y a une sortie au théâtre, les élèves sont généralement seuls dedans.” Et le président de souligner l’importance de voir Paris s’emparer d’une telle mesure : “La ville de Paris n’est pas anodine. Si cette proposition est mise en place, on espère que ça servira d’exemple pour de plus petites communes.”