Encore “4 à 6 semaines à tenir” ? Le pari d’Emmanuel Macron passé au crible

Le chef de l’État a fixé une échéance de "4 à 6 semaines" afin d'envisager la levée de certaines restrictions sanitaires. Le temps de déployer le plan de vaccination et de bénéficier de l’effet du printemps. Suffisant ? 

Le décompte est lancé. Alors que vingt départements en “surveillance renforcée” sont sous la menace d’un nouveau tour de vis sanitaire, le président Emmanuel Macron, en visite en Seine-Saint-Denis lundi, a créé la surprise en répondant à un jeune qu’il restait encore “quatre à six semaines à tenir”. Et au Premier ministre d’abonder, ce mardi matin, devant les députés La REM. “L’horizon va s’éclaircir”, a‑t-il affirmé, “on arrivera à sortir de cet entre-deux d’ici quelques semaines.”

“La course contre la montre” de la vaccination

Plusieurs raisons permettent au gouvernement de faire preuve d’un tel élan d’optimisme, avec pour cap, la mi-avril. “D’abord, la vaccination des plus fragiles, explique Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français. Une véritable course contre la montre”. En avril, deux tiers des plus de 75 ans seront vaccinés. Et lundi, le ministre de la Santé, Olivier Véran, a annoncé que le vaccin AstraZeneca sera rendu accessible aux personnes âgées de plus de 65 ans. 

“L’heure n’est pas au pari, elle devrait être à la vaccination”, déplore Jean-Paul Zerbib, médecin en Ehpad et président de l’Union nationale des médecins salariés pour la CFE-CGC. “Les personnes âgées dépendantes auront toujours du mal à prendre rendez-vous en ligne et à se rendre dans les centres de vaccination, regrette-t-il. Et surtout, on n’a pas suffisamment de doses.” Après un retard au démarrage, la livraison des trois vaccins sur le marché devrait monter en puissance courant avril. 35 millions de doses sont attendues. Sans compter le quatrième vaccin du laboratoire américain Johnson & Johnson, qui devrait venir en renfort avec 2,7 millions de doses supplémentaires.

Mais remporter ce pari implique aussi de casser l’échelle de circulation du virus. “Les dernières études sont porteuses d’espoir” se réjouit le virologue Vincent Maréchal. “Les vaccins Pfizer et AstraZeneca semblent avoir la propriété de bloquer la transmission du virus”, souligne-t-il. Le printemps aussi, est porteur d’éclaircie. “Si la météo est agréable, les Français sont plus à l’extérieur, et les habitats plus aérés, remarque le virologue. Le gouvernement compte clairement sur l’effet saisonnier. »

“Un pari dangereux”

Pour autant, pas question pour le gouvernement de relâcher la pression. “Les semaines qui arrivent vont être difficiles”, a prévenu le Premier ministre Jean Castex ce mardi. “Mais fixer une date de sortie permet aux Français, et surtout à la jeunesse qui souffre, de tenir sous les restrictions actuelles”, croit savoir Jean-Paul Ortiz, président de la Confédération des syndicats médicaux français.

Jouer la montre malgré la hausse des cas ? “Un pari dangereux”, estime le virologue Vincent Maréchal. “On va vivre avec un niveau de circulation du virus significatif, voire élevé, le plus longtemps possible, avance-t-il. Pourquoi ? Car le confinement, c’est l’arme nucléaire.” Une mesure à employer en ultime recours. “La question est de savoir si les mesures locales conjuguées au couvre-feu national vont suffire pour arriver aux jours heureux ou si ça va craquer avant, résume le virologue. On est sur une véritable ligne de crête”.

Et la menace pourrait venir des variants. Début mars, le variant britannique est devenu majoritaire en France, représentant une contamination sur deux. “On surveille au cas où une inflexion brutale de la circulation du virus arrive comme en décembre en Grande-Bretagne et qui se répercutera ensuite sur les hôpitaux” souligne le virologue, co-fondateur du réseau Obépine chargé de repérer les traces de Covid-19 dans les eaux usées. Et si ce risque n’est pas suffisamment maîtrisé avant de desserrer l’étau à la mi-avril, il sera difficile pour le président de tenir sa promesse.