Erdogan veut élargir les droits humains en Turquie, l’opposition en doute

Accusé de dérive autoritaire, le président turc a dévoilé ce mardi un "plan d’action" pour garantir les droits humains. L'opposition doute de ses promesses de réformes démocratiques.

“Notre objectif est de renforcer davantage l’Etat de droit”, a affirmé le président Recep Tayyip Erdogan lors d’un discours promettant de garantir les droits humains à travers un “plan d’action”, mardi 2 mars, dans la capitale turque. Ces réformes démocratiques comportant 393 mesures vont être mises en oeuvre avant 2023, année du centenaire de création de la République moderne, et également année de la prochaine élection présidentielle.

“Personne ne devrait être privé de sa liberté pour ses opinions”, a déclaré le président turc, alors que ces dernières années, plusieurs milliers de citoyens qualifiés d’opposants politiques — pour l’avoir “insulté” sur les réseaux sociaux — ont été poursuivis judiciairement. M. Erdogan a par la même occasion affirmé vouloir rendre la justice “plus efficace” pour mettre fin aux “procès interminables”.

Des réformes cachant un enjeu politique

Dirigée par Recep Tayyip Erdogan depuis 2003, la Turquie est accusée d’avoir évolué vers un régime despotique, comme le regrettent les opposants politiques au président mais aussi des ONG. La chaîne France 24 avait d’ailleurs fait la chronologie de la dérive autoritaire d’un pays à l’islamisme modéré. C’est donc pour redorer son image et redevenir un leader charismatique que le chef d’Etat turc a dévoilé ce mardi 2 mars un “plan d’action” pour élargir les droits humains en Turquie. Son pari : le renforcement de la liberté d’expression.

Fondée par Mustafa Kemal Atatürk en 1923, sur les ruines de l’Empire ottoman défait, la République de Turquie est l’instrument du président Erdogan pour asseoir son influence dans la région du Proche-Orient et son rayonnement mondial. Ces annonces en faveur de la démocratisation interviennent avant un important sommet à Bruxelles, le 25 mars, où les chefs d’Etat et de gouvernements européens doivent établir une “feuille de route” sur l’avenir des relations de l’Union avec la Turquie. Les rapports entre Ankara et l’Europe se sont dégradés depuis 2016, notamment à cause des purges lancées par M. Erdogan contre ses opposants politiques.

La société civile reste dubitative

Les promesses de Recep Tayyip Erdogan ont été accueillies avec scepticisme par l’opposition. La raison : l’homme d’affaires et philanthrope Osman Kavala, et l’ancien dirigeant du parti pro-kurde Selahattin Demirtas, sont écroués respectivement depuis 2017 et 2016. Ils sont les symboles de la répression contre la liberté d’expression.

M. Erdogan a “listé les sujets sur lesquels (son parti) l’AKP a fait reculer la Turquie. On dirait des aveux”, a critiqué Onursal Adigüzel, député du principal parti d’opposition le CHP (social-démocrate), sur le réseau social Twitter.

“Amis journalistes, dans trois heures, vous ne serez plus obligés de vous auto-censurer (…) Le gouvernement va vous accorder la liberté de la presse”, avait raillé Mustafa Yeneroglu, un député du parti d’opposition DEVA, juste avant le discours de M. Erdogan à Ankara.

Emma Ruffenach