Nicolas Sarkozy : “Mon indignation et ma détermination sont décuplées”

Dans une interview exclusive au journal Le Figaro, Nicolas Sarkozy réagit à sa condamnation par le tribunal correctionnel. L’ancien président français, affirme n'avoir rien perdu de sa combativité dans l'optique d'un procès en appel.

Impassible et serein. C’est l’attitude que l’ex-chef de l’Etat affiche au début de l’entretien qu’il a accordé au quotidien Le Figaro, la première interview depuis l’annonce de sa condamnation lundi 1er mars à trois ans de prison. “J’ai passé la soirée avec ma famille, nous avons regardé la série The Killing”, avance l’ancien président. Une soirée paisible, alors que Nicolas Sarkozy a été condamné en première instance à trois ans de prison, dont un an ferme, dans l’affaire dite des “écoutes”.

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S’il affiche une assurance de façade, l’homme politique exprime son “indignation” face à “l’injustice” qu’il subit. “En colère? Non. il y a longtemps qu’elle est passée. Mais j’ai ressenti l’injustice profonde, choquante, des procédures lancées contre moi depuis dix ans. Mon indignation et ma détermination sont décuplées”.

Une critique du “faisceau d’indices”

Dans cette interview, l’ancien président en profite pour critiquer une nouvelle fois le fameux “faisceau d’indices” car il maintient que des “bribes de conversations téléphoniques sorties de leur contexte et mises bout à bout” ne font pas foi. C’est justement l’argument du secret professionnel entre un client et son avocat, que Maître Hervé Temime, a fait valoir devant la cour du tribunal correctionnel de Paris pour défendre Thierry Herzog.

“Le jugement ne fait pas état de preuves, mais d’un ‘faisceau d’indices’. J’affirme que pour condamner, dans un État de droit, il faut des preuves. Et des preuves, il n’y en a pas dans ce dossier”. Il avance également que c’est “pas moins de 4.500 de mes conversations téléphoniques qui ont été écoutées”, et pose la question du respect de la vie privée. “Dans quelle démocratie le leader de l’opposition que j’étais à l’époque peut-il être ainsi espionné, pendant sept mois, en voyant le contenu de ses conversations livrées à la presse ?”

Le 6e président de la Ve République se défend de voir une quelconque “vengeance” contre ces magistrats qu’il avait appelé des “petits pois”, tous identiques et “sans saveur” en 2014. Il revient d’ailleurs sur cette expression qui a gravement froissé la magistrature. “J’ai toujours dit, et je le maintiens, qu’il est nécessaire d’avoir plus de diversité dans le recrutement des magistrats”. La métaphore culinaire ne servait à ses yeux qu’à illustrer sa demande pour plus de diversité.

Il met également en cause la création du Parquet National Financier (PNF), institution judiciaire créée en décembre 2013 et chargée de la lutte contre la grande délinquance économique et financière. Lors du procès, Nicolas Sarkozy avait déclaré : “J’ai l’impression que le parquet national financier n’a été créé que pour moi”. Il reste sur sa déclaration et va même jusqu’à questionner l’existence d’une “justice impartiale, sereine, tranquille” et “la marque d’un État de droit”. “Je pose ces questions, j’attends qu’on y réponde. Je ne me tairai pas, car c’est trop grave. Tout ce que j’affirme devant vous est étayé par des faits incontestables”, insiste l’ancien chef de l’Etat.

Combatif et déterminé, l’ancien président de la République a fait appel de la décision de la 32 chambre du tribunal correctionnel de Paris. Et il affirme qu’il portera “ce combat [ndlr contre la justice française] devant la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH)”. Un crève-coeur, d’après cet homme politique, qui conserve la France en son coeur, mais il affirme “j’y suis prêt car ce serait le prix de la démocratie”.

Emma Ruffenach