Pédocriminalité : “au moins 10.000” victimes dans l’Église depuis 1950

Ce chiffre est une estimation de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase), créée en 2018 pour faire la lumière sur les abus sexuels commis sur mineurs dans l'église catholique.

Longtemps l’objet d’une omerta quasi-totale, le secret des violences pédocriminelles au sein de l’Eglise se réduit. Le président de la Commission indépendante qui enquête sur la pédocriminalité dans l’Église de France (Ciase) depuis les années 1950, Jean-Marc Sauvé, a jugé ce mardi 2 mars que le nombre de victimes pourrait atteindre « au moins 10.000 ». Une estimation encore provisoire, alors que ces travaux doivent être rendus fin septembre.

En juin dernier, la commission estimait à 3.000 le nombre de victimes de violences pédocriminelles. Un chiffre qui ne rendait alors “certainement pas compte de la totalité” des victimes, selon Jean-Marc Sauvé, qui s’était exprimé lors d’un point d’étape sur ses travaux. “La grande question qui se pose à nous: quel pourcentage de victimes [nos travaux ont-t-il] touché ? Est-ce que c’est 25 % [des victimes] ? 10 %, 5 % ou moins ?”, avait-il questionné.

Des agressions “systémiques” 

Depuis sa création, en novembre 2018, la commission indépendante a recueilli plus de 6.500 témoignages révélant des agressions à “caractère systémique” dans une “proportion insoupçonnée”, selon Jean-Marc Sauvé, qui s’est exprimé auprès du magazine L’Obs fin février. “Très vite, nous nous sommes rendus compter que nous n’étions pas confrontés à des dérives individuelles”, précisait-il. 3.000 agresseurs, peut-être plus, sur un total d’environ 100.000 prêtres et religieux qui se sont succédés dans l’Eglise de France depuis les années 50.

De quoi faire trembler les hauts dignitaires de l’Église de France, encore marqués par l’affaire du cardinal Barbarin, accusé d’avoir couvert les violences sexuelles et pédocriminelles du prêtre Bernard Preynat. D’abord condamné en première instance, il avait finalement relaxé. “Si nous avions anticipé l’ampleur de ce que Jean-Marc Sauvé est en train de révéler, peut-être que certains dans l’Église y aurait réfléchi à deux fois”, a confié à L’Obs Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France.

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