Covid-19 : pourquoi tant de soignants refusent de se faire vacciner

Alors que le Covid-19 devient la première maladie nosocomiale en France, des médecins insistent sur la nécessité de vacciner le personnel soignant.

44 401. C’est le nombre de personnes ayant contracté le Covid-19 à l’hôpital (patients et professionnels de santé confondus) depuis le début de la pandémie d’après Santé Publique France, faisant du coronavirus la première maladie nosocomiale en France. En parallèle, le nombre de vaccinations stagne également chez les soignants. En Ile-de-France, seulement 34 % du personnel médical de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) avait reçu une première injection au 26 février, relate BFMTV. Ces chiffres inquiètent de nombreux médecins et infectiologues qui s’émeuvent du faible taux de vaccination chez ces professionnels de santé et proposent de rendre ce sérum obligatoire.  “À l’heure du vaccin (enfin) accessible à tous les hospitaliers, la Covid nosocomiale est un vrai scandale”, protestait le professeur François Chast, chef du service de pharmacie clinique de l’hôpital Necker à Paris, sur France Inter.

Je suis un peu désolé d’observer que les soignants rechignent à se faire vacciner. C’est tout à fait paradoxal dans des professions qui devraient plutôt être exemplaires du point de vue de la vaccination”, poursuit le professeur, en incitant le personnel de santé à se faire vacciner. Mardi matin, le docteur Jean-Michel Molina, chef du service des Maladies Infectieuses et Tropicales à l’hôpital Saint-Louis, interpellait Gabriel Attal, porte-parole du gouvernement à ce sujet. “La vaccination non seulement protège les personnes vaccinées, mais aussi évite la transmission du virus”, assurait l’infectiologue, cité par BFMTV. Face à ce débat relancé en France, Gabriel Attal a assuré que ces questions étaient “au cœur des travaux et des réflexions” du gouvernement.

Manque de recul

Le rejet de la vaccination chez les soignants est liée à des craintes sur ses effets secondaires, selon Amina B, infirmière cadre d’un EHPAD du 14e arrondissement à Marseille. Sur les huit infirmiers de son équipe, seulement deux ont accepté de se faire vacciner parce qu’ils “avaient un âge avancé” ou présentaient des comorbidités. “Cela peut être perçu comme égoïste, mais nous, jeunes soignants, avons peur de ce vaccin. Certains de nos patients ont eu de la fièvre ou des vomissements après l’injection du sérum. J’ai même vu cette vidéo d’une infirmière américaine développant une paralysie a frigore (du visage) après le vaccin de Pfizer. Cela nous décourage un peu”, confie l’infirmière.

La rapidité d’élaboration des différents vaccins contre le Covid-19 et le manque de recul supposé sur leur efficacité ont également rebuté Yolanda Marone, infirmière au service chirurgie vasculaire de l’hôpital La Timone à Marseille. Elle n’a pas l’intention de se faire vacciner. “En tant que soignant, il est évident que nous sommes responsables de la santé et du bien-être de nos patients. Mais il est possible d’endiguer la propagation de maladies nosocomiales en respectant les gestes barrières, le port du masque FFP2 et en prenant soin de bien désinfecter son matériel”, rassure-t-elle.

Selon Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI), si les soignants sont aussi réticents à se faire vacciner, c’est en raison du vaccin AstraZeneca qui leur est réservé, et dont l’efficacité (70%) a été contestée. Sonali Amroune, 24 ans et infirmière libérale dans une Association de soin et service à domicile (ASSAD) à côté de Rodez, dans l’Aveyron, confirme. “Nous, jeunes soignants, ne faisons pas partie des populations à risque que l’on doit vacciner en priorité. Nous ne possédons pas assez de doses au niveau national pour vacciner tout notre personnel de santé pour l’instant. Commençons déjà par protéger l’ensemble des personnes âgées ou vulnérables, cela suffira pour assurer la sécurité d’un centre de soin ou d’un EHPAD par exemple”.

“Nous sommes attachés à nos libertés”

Si ces débats sont “au cœur” des discussions du gouvernement, les Français ont toujours le choix d’avoir recours ou non à la vaccination. Emmanuel Macron l’avait lui-même assuré lors de son allocution du 24 novembre, la veille du deuxième confinement. Le professeur Olivier Epaulard, infectiologue au CHU de Grenoble et membre de la commission vaccination de la Haute autorité de santé (HAS), expliquait également, sur BFMTV, qu’avoir recours à une obligation vaccinale serait “contre-productif”.

“Si les vaccins actuels s’avèrent inefficaces contre les variants brésilien et sud-africain et que le Covid-19 mute tous les ans, les infirmiers devront faire plusieurs vaccins par an”, relate Sonali Amroune. “Et si nous devons nous faire vacciner contre toutes ces nouvelles maladies contagieuses, je crains qu’à long terme, ces sérums n’aient des effets néfastes sur notre santé”. Fortement opposée à l’obligation vaccinale, l’infirmière de Rodez alerte sur les risques d’une telle décision. “Si la vaccination nous est imposée, de nombreux soignants vont arrêter de travailler ou se mettre en arrêt maladie, c’est certain”.

Laurie Martin est elle infirmière au service réanimation de l’hôpital Carémeau, à Nîmes. De manière générale, quand un soin est proposé à un patient, son consentement doit impérativement être recueilli, observe Laurie,“à part quand la personne n’est plus maître de ses décisions”. Pour elle, il est inutile d’imposer un vaccin aux Français. Selon elle, ils sont attachés à leurs libertés et il est normal qu’ils aient un droit de regard sur les produits qui leur sont injectés.

“Néanmoins, les soignants qui sont en contact avec des personnes plus fragiles devraient penser aux autres. La vaccination doit être majoritaire au niveau national pour être efficace”. La variole, par exemple, a été éradiquée grâce à une campagne vaccinale massive impulsée par l’OMS, en 1980, se souvient l’infirmière. “Si nous voulons éviter une nouvelle vague, un nouveau confinement qui affectera notre santé mentale, le vaccin est à ce jour notre seul espoir”, relativise Laurie.