Laïcité : les jeunes majoritairement favorables aux signes religieux à l’école

Un sondage IFOP commandé par la Licra suggère que les jeunes s'approchent d'une conception anglo-saxonne de la laïcité, selon laquelle les signes religieux peuvent être affichés dans la sphère publique.

Le fossé générationnel se creuse. Un lycéen sur deux (52 %) se dit favorable au port de signes religieux ostensibles” par les élèves dans les lycées publics. Une proportion deux fois plus grande que dans la population adulte. C’est ce que montre un sondage de l’institut Ifop commandé par la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) et la revue universaliste Droit de vivre, réalisé en ligne du 15 au 20 janvier 2021 sur 1.006 jeunes représentatifs de la population lycéenne.

Depuis la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école, l’opinion publique – notamment chez les seniors et à droite – approuve une laïcité plus défensive. Mais ce sondage indique que ce n’est plus le cas des jeunes. “Globalement, la jeunesse scolarisée au lycée semble avoir une vision inclusive de la laïcité,” analyse François Kraus, directeur du pôle politique-actualité à l’Ifop dans Le Parisien. Plutôt que de renvoyer la religion au privé dans un élan anticlérical, la laïcité servirait à “mettre les religions à égalité, soit une vision anglo-saxonne”poursuit-il.

Les lois “laïques” considérées “discriminatoires”

Les pays anglo-saxons sont généralement plus enclins à favoriser le dialogue entre les différentes religions, assignant à l’Etat un rôle d’arbitre. Un modèle accusé de renforcer les identités communautaires. Alors qu’en France, la laïcité repose sur l’idée suivante : l’État respecte toutes les croyances et n’en reconnaît officiellement aucune, au profit d’un modèle républicain qui ne distingue pas de différences entre les citoyens.

Mais cet idéal républicain à la base du concept de la laïcité n’est plus perçu comme tel par les jeunes. 37 % des sondés estiment que les lois “laïques”, comme celle interdisant les signes religieux à l’école, sont “discriminatoires” à l’égard des musulmans. Ces derniers sont plus de 80 % à penser que les lois qui encadrent la place de la religion discriminent l’islam, alors que seulement 20% des chrétiens le pensent pour le christianisme. Un résultat qui pourrait expliquer pourquoi les jeunes se détournent de la laïcité “à la française”.

Autre indicateur montrant que l’écart entre les génération se creuse : ils sont 49 % à estimer que les journaux ont eu raison de publier les caricatures de Mahomet — contre 59 % de l’ensemble des Français. Par contre, ils sont 61 % à déclarer que Samuel Paty, professeur d’histoire assassiné par un terroriste en octobre 2020, “a eu raison” de montrer ces caricatures en cours, 17% d’entre eux estimant qu’il a eu “tort”. Cette opinion monte à 48% chez les musulmans.

“Une passion effrénée pour l’égalité”

Pour Bernard Ravet, auteur de “Principal de collège ou imam de la République ?”, paru en 2017 aux éditions Kéro, les résultats du sondage montre un “échec” en matière de transmission des “valeurs de la République”. Interrogé par La Croix,  l’ex-principal de collège à Marseille (Bouches-du-Rhône) et expert éducation pour la Licra estime que les résultats sont “dramatiques”.

Catherine Robert, professeure de philosophie à Aubervilliers interrogée par Le Parisien, est beaucoup moins inquiète. La laïcité telle qu’elle se pratique à l’école n’est “pas remise en cause par les élèves”, assure-t-elle. Pourtant, c’est ce que semble indiquer l’approbation des signes religieux dans les lycées. “Ce sont des ados ! s’exclame-t-elle. Ils ont une passion effrénée pour l’égalité. Demandez-leur si l’interdiction du voile est une discrimination, ils répondent oui sans hésiter, parce que, quelque part, on enlève une liberté. Ils trouvent cela injuste, cela ne va pas plus loin.”