Un rapport dénonce des transferts forcés pour déraciner les Ouïgours

Un rapport chinois publié par erreur et sauvegardé par un expert allemand vient étayer les accusations de crimes contre l'humanité qui pèsent sur les autorités chinoises depuis 2017.

En décembre, le monde apprenait grâce à lui que l’esclavage à grande échelle existe bel et bien en Chine. Désormais, il révèle l’existence de programmes de transferts massifs de travailleurs ouïgours ruraux. Le sinologue Adrian Zenz publie, dans un rapport rendu public mardi, de nouvelles preuves sur le traitement de la minorité ethnique ouïgoure dans l’est du pays.

Présentés par les officiels du régime chinois comme un plan ambitieux de “réduction de l’extrême pauvreté”, ces transferts forcés ont été, au moins en partie selon le chercheur allemand, conçus pour réduire la densité de population de la minorité ouïgour, ultra-majoritaire dans le Xinjiang. Derrière, se cacherait une volonté de Pékin de déraciner ce peuple à dominante musulmane et casser les structures familiales et villageoise sur laquelle elle repose.

Un point de vue qui n’est pas uniquement celui de cet expert du dossier ouïgour, mais qui émane de documents publics. Dans un rapport de l’université de Tianjin publié par erreur l’année dernière — finalement supprimé, mais dont Adrian Zenz a archivé une copie — , les auteurs décrivent ces programmes de transferts de travailleurs ouïgours et proposent au gouvernement de les étendre à d’autres régions de l’est et du centre du pays, en fonction de la demande de travail.

Ces mesures, écrit ce rapport “de Nankai”, rédigé en 2018, “les fait changer graduellement leur manière de penser et transforment leurs valeurs et visions de la vie en fonction du travail”. Un élément qui vient s’ajouter au faisceau de preuves accumulées ces quatre dernières années contre Pékin, coupable, selon experts et gouvernants, de crimes contre l’humanité.

Crime contre l’humanité

Les autorités ont engagé, depuis 2016, une militarisation et un contrôle des populations ouighours dans le Xinjiang (contrôles ADN, informatiques, des naissances et autres déplacements forcés). Des soupçons pèsent sur l’existence de camps d’internement et de rééducation, documentés à plusieurs reprises par des images satellites. Une répression que le pouvoir central justifie au nom de la lutte antiterroriste contre des civils “séparatistes et islamistes ouïghours”, accusés par Pékin d’avoir perpétré une série d’attentats.

Dans un autre rapport publié en décembre, Adrian Zenz soutenait qu’un demi-million de Ouïgours était employés de force dans la récolte du coton dans le Xinjiang. En février, d’autres témoignages recueillis cette fois par la BBC mettaient en lumière les viols systématiques subis par les détenues des camps d’internement réservés à la minorité ethnique.