Coup de force au Mali : opportunité pour les jihadistes au Sahel ?

Le coup de force militaire en début de semaine au Mali a engendré une nouvelle crise institutionnelle et politique dans un pays déjà fragilisé par une crise sociale. Cette tentative de coup d’État pourrait avoir de graves répercussions dans la région du Sahel.

Ce coup de force militaire a été condamné à l’unanimité par la communauté internationale et questionne sur les impacts de cette crise au Mali mais aussi dans la région du Sahel qui comprend notamment le Mali, le Tchad, le Burkina Faso et le Niger.

Première traduction concrète : les Etats-Unis ont suspendu l’assistance à la sécurité au profit des forces armées, mercredi dernier, en réaction à la destitution et à l’arrestation du président et du premier ministre de la Transition au Mali.

Le Conseil de sécurité de l’ONU est préoccupé par le « risque d’impact négatif » de la situation malienne « sur les efforts en cours pour lutter contre le terrorisme, mettre en œuvre l’Accord sur la paix et la réconciliation au Mali et stabiliser le centre du Mali ». Autrement dit, aux yeux de l’ONU, l’instabilité politique du Mali pourrait bénéficier aux activités jihadistes de la branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) et de l’État islamique très présents non seulement au Mali mais aussi dans la région.

Le Président Emmanuel Macron avait tweeté en 2020, lors du précédent coup d’État militaire : « Pour le Mali, il y a deux choses auxquelles nous veillons : la stabilité et la poursuite de la lutte contre le terrorisme qui est avant tout le fléau des Maliennes, des Maliens, mais aussi de l’ensemble des Sahéliens ».

Progression des forces islamiques dans la région 

« L’État islamique et al-Qaïda tentent de s’implanter dans la région du Sahel. Ils ne doivent pas réussir à créer un nouvel espace pour leur régime monstrueux de violence et de terreur. Nous devrons lutter contre cela », alerte le chef de la diplomatie danoise, Jeppe Kofod.

Les forces armées maliennes (FAMa) sous équipées, n’ont pas les capacités pour lutter seules contre les jihadistes qui détiennent deux-tiers du territoire. Les FAMa en soutenant le nouvel homme fort du Mali, Assimi Goïta, payent un prix lourd face aux jihadistes.

Vue du Burkina Faso

Dans un contexte de crise politique, économique et sociale avec des taux de chômage et de pauvreté élevés, le gouvernent malien peine à répondre aux populations qui se tournent alors vers les mouvement islamistes pour résoudre leurs difficultés. « Le problème du terrorisme ne peut être résolu sans une justice sociale et de profondes réformes institutionnelles qui élimineront toutes les inégalités et les préjudices », écrit Boundi Ouoba, éditorialiste du Burkina Faso.

Le Tchad et le Niger ne sont pas épargnés

Le développement des activités jihadistes est favorisé par les instabilités politiques que subit la région du Sahel. La prise de pouvoir du nouveau président Mohamed Bazoum au Niger est perturbée par une double instabilité. Les attaques terroristes se sont multipliées et la tentative de coup d’État manquée en mars dernier vient alourdir le climat dans les rangs de l’armée.

Et la situation du Tchad est explosive depuis la mort du Président Idriss Déby en avril dernier. La transition de pouvoir menée par le fils de l’ancien président est mise à mal par des pressions claniques, politiques et diplomatiques. Gilles Yabi, analyste politique et coordonnateur du think tank ouest-africain WATHI, interroge l’absence de sanction de la communauté internationale envers les événements récents du Tchad qui aurait influencé les militaires putschistes maliens. Il explique : « Je pense que ce qui s’est passé au Tchad, le fait que l’Union africaine n’ait même pas osé prendre des sanctions symboliques après cette prise du pouvoir par le fils du défunt maréchal Deby, est un mauvais signal donné évidemment à maints acteurs militaires sur le continent ».

Une multitude de crises

La région du Sahel est au cœur de multiples conflits engendrés par une mauvaise gouvernance, une prestation de services inadéquate et un faible développement humain qui est accentué par une croissance démographique rapide, selon un article de l’Institut d’études de sécurité. « Cette région va devenir une zone de chaos » sans action commune au Sahel avec des « migrations illégales impossibles à contrôler qui viendront déstabiliser nos États européens vieillissants », a mis en garde le chef d’état-major des armées française, le général Lecointre. « Tout doit être mis en œuvre afin de préserver la stabilité du Mali et consolider la paix dans la sous-région », a plaidé Félix Tshisekedi, le Président de l’Union africaine.

« La situation sécuritaire a des impacts évidents, à la fois en termes humanitaires, de destruction d’infrastructures, mais aussi sur les recettes publiques », explique Yasmine Osman, économiste à l’Agence française de développement (AFD). La Banque mondiale a publié un rapport en 2019 qui soulignait que le Mali, le Niger et le Burkina Faso, les trois pays les plus touchés par les violences, consacraient aux dépenses militaires l’équivalent de 2 % de leur PIB. Ce qui représente pour ces pays un manque à investir dans la santé, l’éducation ou le développement d’infrastructures.

Policiers maliens déployés à Bamako  le 25/05/2021 après l’arrestation du Président de la transition et de son Premier ministre.  © AP