4 questions pour comprendre Covax, le programme international de solidarité vaccinale

La visite du président français en Afrique du Sud est l’occasion d’aborder la question de l’accès des populations africaines aux vaccins anti-Covid. Un dispositif international, Covax, a été institué en avril 2020. Il entend assurer une distribution équitable des vaccins contre le Covid-19. Comment fonctionne-t-il ? Est-ce un succès ? Eléments de réponse.

  • Qu’est-ce que Covax ?

Créé fin avril 2020, Covax est un programme lancé par l’OMS, la Commission européenne et la fondation Bill et Melinda Gates. Il est l’un des trois composants du dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre le Covid-19 (ACT). Concrètement, Covax est un partenariat de plusieurs institutions et entreprises privées visant à fournir à tous ses pays-membres un accès équitable aux vaccins, et cela quels que soient leurs revenus.

Selon l’Alliance du vaccin (GAVI) chargée de la gestion de Covax, ce programme est une “plateforme soutenant la recherche, le développement et la production” des vaccins contre le Covid-19. Surtout, ses désormais 190 pays membres peuvent recevoir gratuitement des doses achetées et envoyées par le programme. Dans les faits, 92 pays jugés à faible revenus tels que le Pakistan et la Colombie sont les principaux bénéficiaires de ces envois.

Côté financement, Covax dépend d’une multitude d’états, agences de santé et organismes privés. Le 2 mai dernier, nos confrères du Monde relevaient le montant de ces financements : les Etats-Unis ont déjà donné 2 milliards de dollars, l’Union européenne 850 millions d’euros, et la France 100 millions d’euros.

  • Quels sont ses objectifs ?

Sur son site, GAVI explique que “sans Covax, il y a un fort risque que la majorité des gens dans le monde ne soient pas protégés contre le Sars-CoV‑2, ce qui permettrait au virus de continuer à contaminer sans relâche”. Pour répondre à cet enjeu, Covax ambitionne donc d’accélérer fortement la vaccination dans 92 pays. Objectif : fournir d’ici fin 2021 des doses à au moins 20% de la population de ses états-membres.

Dans son communiqué appelant à un nouvel effort de financement de Covax, l’OMS rappelle que la protection vaccinale de “27% des populations des 92 pays” à faibles revenus est une étape cruciale à atteindre avant 2022. Début avril 2021, le Directeur général de l’OMS rappelait l’ampleur de l’inégalité vaccinale : “En moyenne, dans les pays à hauts revenus, une personne sur quatre est déjà vaccinée contre le Covid-19. Dans les pays à faibles revenus, c’est une personne sur cinq cents”.

  • Où en est son action ?

Aujourd’hui, les livraisons de Covax accumulent les retards. Si 70 millions de doses ont été livrées dans 126 pays, il en manque encore 190 millions à envoyer en un mois afin d’atteindre les objectifs fixés pour la fin juin. Sur l’année 2021, Covax espère encore livrer deux milliards de doses aux pays les plus pauvres. C’est donc pour pallier ce retard que l’OMS appelle les états les plus riches à augmenter leur participation financière. Le programme cherche toujours à réunir deux milliards de dollars d’ici le 2 juin.

Autre levier de solidarité, plusieurs pays donnent des doses à l’organisation internationale. Ainsi, le 21 mai dernier, Emmanuel Macron a annoncé que la France transmettrait “plus de 30 millions de doses” à Covax avant la fin de l’année. De leur côté les Etats-Unis se sont déjà engagés à livrer 80 millions de doses dont 60 millions d’AstraZeneca. Moins coûteux et plus facile à stocker que les vaccins concurrents, l’AstraZeneca est le plus mobilisé par le programme.

  • Quels sont les obstacles rencontrés par Covax ?

Très en retard sur ses objectifs, Covax subit surtout la concurrence des politiques vaccinales propres à chaque état. Par exemple, le 24 février 2021, l’AFP relevait que “45% des injections ont été réalisés dans des pays du G7”. Ces pays ne représentent que 10% de la population mondiale. Interrogée par la Dépêche du Midi, Sarah Lhote Fernandes, chargée de la santé chez Oxfam, déplore l’attitude des pays les plus riches : “Le problème c’est que ces pays ne jouent pas le jeu. Certes, ils financent le programme, mais ils s’en désolidarisent en même temps en passant des accords bilatéraux avec des laboratoires pharmaceutiques”.

Cette dépendance à la générosité des états impacte donc la réalisation des objectifs de distribution. Début mars, c’est l’Inde, premier pays producteur de vaccin, qui a suspendu toutes ses exportations. Cette décision fait suite à l’aggravation de la situation sanitaire dans le pays.

Pour sortir de cette impasse, le Directeur général de l’OMS soutient une autre solution : la levée des brevets sur les vaccins. Selon lui, cette décision permettrait d’augmenter la production mondiale de vaccins. Le 4 mars dernier, il écrivait sur Twitter : “Si une renonciation temporaire aux brevets n’est pas possible en ces temps sans précédents, le sera-t-elle un jour ?”.

 

Légende de la photo : une infirmière tient un flacon du vaccin AstraZeneca COVID-19, fabriqué par le Serum Institute of India et fourni par l’initiative mondiale COVAX, avant une vaccination à Machakos, au Kenya. Crédits : Brian Inganga 24 Mars 2021, à Machakos. Associated press.