Allemagne-Namibie : le poids du passé colonial

La reconnaissance par l’Allemagne, ce vendredi 28 mai, du génocide commis en Namibie il y a plus d’un siècle marque une étape historique pour les deux Etats. Retour sur des relations rongées par leur passé colonial.

L’Empire colonial allemand trouve ses origines dès l’unification de la nation allemande en 1871. Quelques années plus tard, en 1884, débute la colonisation de l’actuel territoire namibien. Les spoliations de terres et de bétail y sont monnaie courante.

En janvier 1904, le peuple herero se révolte contre les colons allemands. Pour préserver l’image d’une Allemagne impériale en pleine expansion, les contestations furent réduites au silence, par la force.

Le général allemand Lothar von Trotha, dit « le requin », signe alors un ordre officiel actant l’extermination systématique et sans distinction des Hereros. Un an plus tard, un sort identique est réservé aux Namas après leur soulèvement contre la puissance coloniale.

Au total, ce sont 60 000 Hereros et 10 000 Namas qui ont péri sous le joug colonial. Les Hereros représentaient 40% de la population namibienne avant la colonisation allemande. Ils n’en représentent aujourd’hui plus que 7%.

En 1919, le traité de Versailles contraint l’Allemagne à renoncer à ses colonies. La Namibie passe alors sous mandat sud-africain. Après trente ans de tutelle allemande et soixante-dix ans d’occupation sud-africaine, le pays obtient finalement son indépendance en 1990.

Le long chemin vers la reconnaissance

Sans le plan politique, plusieurs étapes ont marqué le processus de reconnaissance :

  • Il a fallu attendre 2004 — soit un siècle après le début du génocide — pour que l’Allemagne présente des excuses balbutiantes. Lors d’une commémoration, une ministre allemande avait fait état « d’atrocités» qui « seraient appelées aujourd’hui génocide ».
  • Plus de dix ans plus tard, en 2015, l’Allemagne fédérale a reconnu officiellement devant son parlement les exactions commises, évitant toutefois d’aborder l’épineuse question du génocide des Herrero.
  • Enfin, le ministre des affaires étrangères allemand, Heiko Mass, a déclaré dans un communiqué vendredi 28 mai 2021 : « Nous qualifierons maintenant officiellement ces événements pour ce qu’ils sont du point de vue d’aujourd’hui : un génocide»

L’Allemagne s’est également engagée à verser 1,1 milliard d’euros d’aides au développement à l’Etat namibien. Le ministre des affaires étrangères allemand a toutefois précisé que la reconnaissance du génocide n’ouvrait en rien la voie à une « demande légale d’indemnisation ».

Des restitutions au compte-goutte

Pour faire face à son passé colonial douloureux, l’Allemagne a entamé dès 2011 des restitutions de crânes et d’ossements des tribus herero et nama à la Namibie. Ces restes humains, volés par les colons allemands, ont fait l’objet d’expérimentations scientifiques racistes au début du XXème siècle. L’ambassadeur de Namibie à Berlin avait signalé en 2008 l’importance symbolique de ces restitutions : “il s’agit de retrouver notre dignité, de nous réapproprier notre histoire”. Toutefois, circonscrire son autocritique coloniale à des restitutions d’ossements a été jugé largement insuffisant par les autorités namibiennes et les descendants de hereros et de namas.

Image de couverture : Le ministre allemand des Affaires Etrangères, Heiko Maas lors d’une déclaration à Berlin, en Allemagne, le vendredi 28 mai 2021 © Tobias Schwarz/Pool Photo via AP