Hong Kong : des libertés toujours moins assurées

Les récentes condamnations des militants prodémocratie à Hong Kong réveillent des questions sur la prise d’autorité de la Chine sur le territoire. Depuis quelques années, le modèle d’autonomie de Hong Kong se réduit à mesure que l’influence de Pékin s’accroît.

Hong Kong bénéficie depuis 1997 d’un modèle semi-autonome, hors du joug de la Chine continentale, et d’une indépendance inédite. Loin du modèle démocratique, le principe du « un pays, deux systèmes » lui permet tout de même d’avoir son gouvernement, une monnaie propre et la possibilité de rédiger ses lois.

Depuis quelques années, les pressions chinoises pèsent de plus en plus sur les libertés du territoire. Dès 2019, l’annonce du « projet de loi d’extradition » avait entraîné la plus grande vague de contestation à Hong Kong de son histoire récente. Ces mesures permettaient à la Chine continentale de juger des ressortissants considérés comme « fugitifs ». Une «menace à l’Etat de droit » que dénonçaient 70 ONG dans un appel lancé le 6 juin de la même année.

Une liberté de réunion pacifique entravée

En septembre 2019, la loi est officiellement rejetée par le gouvernement. S’en suit un élargissement des revendications de la part des opposants, qui réclament l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale sur le recours illégal de la force par la police.

Amnesty International recensait alors des tirs dangereux, des coups portés à l’encontre des manifestants qui n’opposaient pas de résistance, jusqu’à des cas de torture.

Des entraves à la liberté de réunion pacifique que dénonçait également le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’Homme, le 1er juin 2020. Il appelait les autorités de Hong Kong à « garantir les droits des manifestants pacifiques de cette Région administrative spéciale de la République populaire de Chine ».

Le 30 juin 2020, la « loi sécurité nationale » est adoptée et entend réprimer pénalement les actes de «sécession, subversion, terrorisme et collusion avec des forces extérieures étrangères ». Plusieurs rapports d’Amnesty International mettent en cause un texte flou. En plus de menacer différentes libertés d’expression, de rassemblement et d’opinion, ce texte a permis par ailleurs l’instauration d’un organe de sécurité nationale à Hong Kong même. Et, finalement, établi la possibilité d’extrader les personnes accusées vers la Chine.

Condamnations et prisonniers d’opinion

Plusieurs militants font l’objet de condamnations pour avoir participé à des manifestations pro-démocratiques. En avril 2019, neuf chefs de file du mouvement « des parapluies » de 2015 avaient été condamnés, en rapport avec un vague « trouble à l’ordre public ». Deux professeurs, l’initiateur du mouvement Benny Tai et Chan Kin-Man avaient écopé de 16 mois d’emprisonnement chacun. D’autres responsables politiques de l’opposition avaient été emprisonnés.

Après les manifestations de 2019 et de 2020, ces vagues de condamnations s’amplifient. Des centaines de manifestants sont arrêtés et incarcérés pour avoir participé, de près ou de loin, à des manifestations interdites. Depuis le début du mouvement, l’observatoire Hong Kong Watch recense plus de 10 000 arrestations de manifestants et plus de 2 300 accusés.

Le 1er mars 2021 s’ouvrait le plus grand procès depuis l’instauration de la « loi de sécurité nationale », touchant 47 démocrates. Ils ont tous été accusés de « conspiration visant à renverser le pouvoir d’Etat » pour avoir organisé des primaires législatives.

Covid-19 : un « coup de grâce » ?

Alors qu’elle y était relativement faible, les mesures de restrictions drastiques liées à la crise sanitaire ont porté un nouveau coup aux mouvements pro-démocratiques. Dans son rapport de 2020/21, Amnesty International met en lumière un gouvernement qui utilise les mesures de distanciation physique pour entraver davantage les rassemblements pacifiques. Il souligne l’augmentation des arrestations des opposants politiques et les interférences plus fréquentes dans les secteurs de l’éducation et des médias.

 

Légende photo: Des activistes prodémocraties devant un tribunal à Hong Kong le 17 mai 2021. @Kin Cheung/AP.