Angela Merkel : une chancelière et 4 présidents français

La chancelière allemande arrivera à la fin de son quatrième mandat en septembre 2021. En seize ans au pouvoir, elle aura côtoyé quatre présidents français différents. Retour sur les relations qu’elle a entretenues avec chacun d’eux.

Angela Merkel a participé ce lundi avec Emmanuel Macron à un Conseil des ministres franco-allemands en visioconférence. Une rencontre incontournable entre les deux pays depuis 2003. Elle sera animée pour la dernière fois par la chancelière, qui a annoncé ne pas se représenter cet automne lors des élections fédérales allemandes.

À la tête de l’Allemagne depuis 2005, Angela Merkel a vu passer successivement quatre présidents de la République française. Au gré des opportunités politiques et des personnalités des chefs d’Etat français, les relations entre les deux pays ont connu de nombreuses évolutions, oscillant perpétuellement entre lune de miel et tensions relationnelles.

Angela Merkel et Jacques Chirac : la séduction à la française 

« L’accord franco-allemand est à la base de la construction européenne », déclare Jacques Chirac à Berlin, le 4 mai 2007, lors de sa dernière visite officielle en tant que Président de la République. La relation entre le chef d’Etat français et la chancelière se noue dès l’élection d’Angela Merkel, avec la volonté commune de renforcer l’Union Européenne. Une aubaine pour le chef d’Etat français, après l’échec de la ratification de la Constitution européenne. 

Angela Merkel choisit Paris comme premier déplacement international, un symbole pour le nouveau couple franco-allemand. Pour Jacques Chirac, c’est l’occasion de créer une relation diplomatique plus approfondie qu’avec l’ancien chancelier Gerhard Schröder.

Son baisemain galant, très commenté outre-Rhin, devient le symbole du nouveau duo. A la fin du second mandat de Jacques Chirac, Angela Merkel saluera avec enthousiasme « l’amitié franco-allemande ».

 

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy : « je t’aime moi non plus » 

Chaotique, la relation entre la chancelière et le sixième président de la République est marquée par de nombreux revirements. Le binôme est rapidement confronté à plusieurs désaccords sur le fond et sur la forme.

Les propos incisifs et l’attitude hyperactive en politique de Nicolas Sarkozy passent mal auprès de la chancelière. Les critiques du ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück envers la politique budgétaire de Nicolas Sarkozy, irritent le chef d’Etat français qui déplore, quant à lui, la décision allemande de sortir du nucléaire.

Paradoxalement, c’est la crise économique de 2008 qui rapproche le couple « Merkozy », sommé de travailler main dans la main pour sortir de l’impasse. «L’amitié de l’Allemagne et de la France est un trésor », s’exclame un an plus tard Nicolas Sarkozy, lors de la cérémonie célébrant la fin de la Grande Guerre.

La chancelière appuiera avec ferveur sa campagne pour les élections présidentielles, en affirmant soutenir Nicolas Sarkozy sur tous les plans, en raison de leurs « partis politiques amis ».

 

Angela Merkel et François Hollande : le couple dans les crises 

La relation des deux dirigeants démarre mal, puisque François Hollande entend s’opposer aux politiques d’austérité de l’Union Européenne portées par l’Allemagne. Le chef d’Etat français peine finalement à s’imposer face à la principale dirigeante de l’Union Européenne.

En première ligne face à la crise migratoire, les frictions se renforcent et la chancelière critique la répartition inégalitaire des réfugiés avec ses voisins, notamment la France. Le tandem arrive pourtant à s’unir dans certains moments difficiles.

Lors du conflit politique et diplomatique ukrainien, c’est ensemble que François Hollande et Angela Merkel négocient avec Vladimir Poutine. Une coordination des deux pays s’impose aussi après le choc des attentats de 2015. La chancelière évoquera la nécessité d’une réponse commune à ces attaques et déclarera avec émotion : « nous le peuple allemand, nous nous sentons si proches. Nous pleurons avec vous ».

 

Angela Merkel et Emmanuel Macron : la recherche de l’équilibre

Après l’impact du Brexit et les errements dans la coordination politique des Etats membres, la chancelière et le chef d’Etat entendent relancer ensemble l’Union européenne.

En 2019, ils signent le traité bilatéral sur la coopération et l’intégration franco-allemandes, prévoyant un approfondissement de la convergence entre les deux pays.

Angela Merkel et Emmanuel Macron lors d’un sommet européen à Bruxelles. 25/05/2021. (John Thys, Pool via AP)

Pourtant, les divergences s’accumulent progressivement entre les deux dirigeants. Si Angela Merkel reconnaît les progrès importants réalisés par le duo, notamment en matière de défense, elle évoque le 15 mai dans le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung  « des différences de mentalité », entre elle et le président français.

Des confrontations qui n’empêcheraient pas le couple franco-allemand de perdurer, puisque la chancelière reconnait à propos du chef d’Etat français :  « en dépit de nos situations et de nos perspectives qui diffèrent, nous parvenons à nouer des compromis encore et encore ». Même constat pour Emmanuel Macron, qui assume une « confrontation féconde » avec la chancelière.

 

Légende photo : Angela Merkel, première femme chancelière allemande, a contribué à diffuser l’image mythique du couple franco-allemand. Berlin. 21/05/2021. ©AP