Israël : Naftali Bennett, l’homme qui peut tourner la page Netanyahu

Le leader de la Nouvelle Droite israélienne Naftali Bennett a créé la sensation ce dimanche soir en annonçant son intention de participer au « gouvernement du changement » de Yaïr Lapid. 15 ans après son arrivée au pouvoir, Benyamin Netanyahu pourrait ainsi en être écarté par son ancien ministre et allié. Portrait.

Plusieurs fois ministres sous la houlette de « Bibi », ce fils d’immigrés américains d’origine polonaise natif d’Haïfa ne se destinait pas forcément à une carrière politique.

Diplômé en droit de l’université hébraïque de Jérusalem, il passe son service militaire dans la même unité de commando que Netanyahu en son temps. Homme d’affaires, il monte plusieurs start-ups, dont Cyotta, spécialisée dans la lutte contre la fraude en ligne. Il prend alors la direction des Etats-Unis, au début des années 2000. Dans l’Upper East Side new-yorkais, il dirige sa start-up jusqu’en 2005, le temps de devenir multimillionnaire avec ses associés en vendant Cyotta pour 145 millions de dollars.

Réserviste de l’armée, il est mobilisé lors du conflit israélo-libanais de 2006, au sein de l’unité des forces spéciales Maglan qui combat le Hezbollah. Marqué par ce rappel sous les drapeaux, il se lance alors dans l’arène politique, sous la bannière du Likoud, principal parti de la droite israélienne. Une première rencontre avec Benyamin Netanyahu, chef de l’opposition, dont il devient le chef du bureau de campagne, de 2006 à 2008.

Orthodoxe pratiquant, Bennett développe parallèlement des liens avec les colons israéliens. Il est nommé, en 2010, directeur du Conseil de Yesha, association représentant les intérêts des colons juifs en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. La même année, il co-fonde Mon Israël, un mouvement promouvant activement le sionisme. Des positions politiques qui l’amène à quitter le Likoud en 2012 et à rejoindre le Foyer juif, parti nationaliste, conservateur et sioniste, dont il prend la tête.

 

Classé à l’extrême-droite de l’échiquier politique par la presse internationale, le parti défend notamment les intérêts des juifs orthodoxes et s’oppose à la création de tout Etat palestinien. Une ligne qui lui permet d’obtenir 12 sièges aux législatives début 2013. Des résultats qui installent Naftali Bennett dans le paysage politique israélien.

Entrant dans la coalition gouvernementale de son mentor, il cumule, de mars 2013 à mai 2015, les portefeuilles de ministre de l’Economie et des Affaires religieuses, ainsi que celui de ministre de la Diaspora. Un dernier poste qu’il occupe jusqu’à son limogeage en juin 2019, conséquence de sa liste concurrente au Likoud lors des législatives précédentes.

Vers une alliance contre-nature ?

Agé de 49 ans, discrète kippa vissée sur le crâne, ce père de 4 enfants a navigué sur toutes les eaux de la droite israélienne. En vue des législatives et alors que le Foyer juif stagne dans les sondages, il quitte le parti religieux fin 2018. Fort de son image de leader sioniste, il cofonde aux côtés de la ministre de la Justice d’alors Ayelet Shaked le parti HaYemin HeHadashe (La Nouvelle Droite), dont l’objectif est de s’ouvrir à l’électorat non-religieux.

Un changement de façade, sans idées neuves. Comme le Foyer juif, la Nouvelle Droite milite pour l’annexion de la zone C de la Cisjordanie, qui représente environ 60% de son territoire, et prône une solution à un Etat. Une position centrale dans l’agenda politique de Bennett, farouche opposant à un Etat palestinien qui serait pour lui « une catastrophe » s’il voyait le jour.

Ses liens avec les orthodoxes et sa pratique religieuse ne l’a pourtant pas empêché d’affirmer « que les personnes LGBT doivent avoir les mêmes droits civiques dont tout Israélien bénéficie». Un relatif libéralisme sociétal, qui avait, à l’époque, créé des remous jusque dans les rangs de l’alliance Yamina. Une coalition créée en 2019 entre la Nouvelle Droite, le Foyer juif et le Parti sioniste religieux, caduque depuis le départ de ces deux dernières formations.

Connu pour ses formules chocs, lui qui martelait en 2019 la nécessité « d’être dur face à l’ennemi arabe qui ne veut pas la paix, qui veut détruire les Juifs [et avec lequel il ne faut] pas négocier », et son ancrage profond dans la droite dure, Naftali Bennett a pourtant l’opportunité de mettre fin au règne du Premier ministre le plus fort de l’histoire israélienne.

Légende photo: Naftali Bennett, leader de la Nouvelle Droite, s’exprimant hier au Parlement israélien © Yonatan Sindel pour Associated Press ; 30/05/2021 ; Jérusalem, Israël